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La centrale des Vernes, un monument historique.  
  L’origine de la construction de la centrale des Vernes.  
     
Au début du XXe siècle, la vallée de la moyenne Romanche a connu un essor industriel considérable. De nombreuses entreprises d’électrochimie et d’électrométallurgie vinrent s’installer en moyenne Romanche pour bénéficier des conditions géographiques des plus favorables pour la production d’hydroélectricité, nouvelle énergie, abondante et bon marché, nécessaire à la création des nouveaux produits qu’était alors la soude, le carbure de calcium, la fonte ou l’aluminium. Parmi les industriels qui vinrent prospérer en Romanche,
 
   

Charles Albert Keller associé à Henry Leleux s’établirent sur la commune de Livet et développèrent un des pôles de production d’électrométallurgie des plus importants en France, notamment pour ce qui était de la « fonte synthétique * », matériaux dont la première Guerre Mondiale accéléra la production. Le premier four électrique de 20 tonnes fut mis en service à Livet en 1914. La régularité de fonte et les qualités de résistance obtenues, conduisirent immédiatement à envisager la fabrication de projectiles. Après validation par le service de l’Artillerie et avant la fin de l’année 1914, une première série d’obus de 220 en fonte aciérée donnait lieu à des résultats excellents au tir à Bourg.

La fabrication industrielle des obus commença à Livet début 1915. Progressivement une fonderie complète fut édifiée, adossée aux fours électriques d’élaboration de la fonte. Sa production basée d’abord sur 50 projectiles par jour, fut poussée en 1916 jusqu’à 300 projectiles de 220 et 10 obus de 400 par jour soit l’équivalent de 55 000 kilos de métal brut.
L’usinage des obus fut organisé aux Usines de Livet à la fin de 1916, avec réception de l’Artillerie. La fonte synthétique étant produite grâce au four électrique dont l’énergie provenait directement des centrales hydroélectriques, la hausse de la production demanda une augmentation de la production d’électricité. L’édification de la « villa hydroélectrique » des Vernes permit d’augmenter l’importance de la force motrice des usines de Livet.
La puissance nouvelle ainsi obtenue par les usines de Livet correspondit à une extension de fabrication de fonte synthétique de 25.000 tonnes par an.


* La fonte synthétique du procédé Keller fut mise au point en 1908.

 
    Les Vernes : particularités techniques.  
   
Les travaux de la chute des Vernes furent entrepris en août 1917 et la mise en marche de la centrale en juillet 1918. La puissance nominale fut de 7000 chevaux soit (deux groupes de 3500 chevaux).
De part ses caractéristiques techniques et architecturales, la centrale hydroélectrique des Vernes a été classée au titre des monuments historiques le 2 septembre 1994.


Du point de vue technique, la position occupée par la centrale contraint les ingénieurs à concevoir plusieurs arrangements. L’usine est alimentée par une adduction souterraine de trois mètres soixante de diamètre en ciment armé, à partir de la sortie des turbines de la centrale de Livet. La conduite aboutit à une chambre de mise en charge extérieure, qui a aussi pour fonction d’être une cheminée d’équilibre. De cette chambre semi-circulaire en ciment armé partent deux conduites forcées en acier de deux mètres cinquante de diamètre qui alimentent les deux turbines situées à l’intérieur du bâtiment. Les turbines, qui reçoivent l’eau par des conduites forcées verticales, prennent le nom de « turbine-puits ». Le pourtour supérieur de la cheminée forme déversoir, un canal circulaire extérieur au bassin, qui reçoit les eaux de trop-plein et les amène à une chambre de décharge alimentant deux conduites d’évacuation en acier de deux mètres de diamètre. La centrale est érigée vingt mètres en contrebas de la chambre de mise en charge. Cette dernière est utilisée pour le soutènement des fondations de l’usine.
La centrale hydroélectrique des Vernes utilisant directement les eaux du canal de fuite de la centrale hydroélectrique de Livet, la construction d’un barrage ou d’une chambre de décantation n’a pas été nécessaire.

 
 
       
 
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  Un symbole de la « révolution industrielle alpine ».  
       
   

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Les Vernes est ce que l’on qualifie de « symbole de la révolution industrielle alpine ». Cet édifice majestueuxparfois qualifié de forteresse ou de villa italienne est l’œuvre de l’architecte Grenoblois Florentin Nublat. La maçonnerie est en pierres jointoyées et tous les appareillages sont en ciment moulé, une technique très répandue dans la région. L’architecture est pensée bien au-delà des fonctions premières du site. Le pourtour supérieur de la cheminée d’équilibre forme déversoir dans un canal extérieur au bassin qui reçoit les eaux de trop pleinet les amène à une chambre de décharge alimentant deux conduites d’évacuation en acier de deux mètres de diamètre. C’est cette structure qui crée un effet de fontaine rayonnante lorsque les groupes de l’usine des Vernes ne produisent pas, mais que l’usine de Livet continue à turbiner. « La fontaine » anime alors le jardin d’agrémentation par lequel le public peut accéder depuis la cour par un escalier monumental à double volée de la hauteur de chute. Le jardin à la française dans lequel la pelouse est dessinée par les allées est protégé de la route par une imposante clôture.




La « villa hydroélectrique » est marquée du monogramme « KL » (Keller-Leleux), visible au-dessus de la chambre de mise en charge, sous le départ de la ligne électrique. Plus qu’un simple souci du détail, c’est ici une véritable réflexion esthétique et de une mise en scène de l’eau qui sont ici exaltées. En plus de l’effet « fontaine » réalisée par la chambre de mise en charge, sous le bâtiment se trouve la voûte du canal de fuite, dont le parement est fait d’un appareil factice à partir du mortier appliqué sur place. En fait, la présence sur un même lieu de l’ensemble des différentes phases de traitement de l’eau au travers des différents composants de l’usine - chambre de mise en charge, conduites forcées, tunnel du canal de fuite, salle des machines, départ de ligne - jusqu’à la sortie du courant marque la véritable intention de mise en scène de l’eau.





L’attention est portée à chaque partie du bâtiment. À l’intérieur de l’usine, le sol est revêtu d’un carrelage polychromeet les murs sont en partie recouverts de briquettes de céramique de couleur crème rehaussées d’un bandeau marron. Face aux turbines trônait autrefois, au cœur de la centrale, un élégant tableau de commandes que l’automatisation de l’usine a fait disparaître. Sur les murs extérieurs, le souci du détail est poussé jusque dans la stylisation des lumières en de délicates petites fleurs qui servirent à éclairer la centrale.

La centrale hydroélectrique des Vernes est équipée de deux groupes Escher Wyss, constitués de turbines Francis à axe horizontal, dont le groupe n°2 est à deux roues. Il s’agit encore des groupes d’origine de 1914. L’équipement a été plusieurs fois modernisé :

  1. Première automatisation de la centrale en 1962.
  2. Rebobinage du groupe 2 en triphasé en 1968.
  3. Deuxième automatisation de la centrale en 1987.

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Les turbines :

Le groupe 1 est actuellement équipé d’une turbine Francis à axe horizontal du constructeur Escher Wyss d’une puissance de 1,84 MW, débitant 12,3 mètres cubes par seconde, et pouvant aller jusqu’à 300 tours par minute.

Le groupe 2 est lui équipé d’une turbine Francis à axe horizontal à deux roues du constructeur Escher Wyss d’une puissance de 2,43 MW, débitant 15,5  mètres cubes par seconde, et pouvant aller jusqu’à 375 tours par minute.

 

L’alternateur 1 est issu des usines de la Compagnie Electro Mécanique. Sa puissance de 2,5 MVA. La tension de sortie 4,1 kV.

L’alternateur 2 est du constructeur Schneider Westinghouse. Sa puissance est de 3 MVA et la tension de sortie est de 5,65 kV.

Le courant transformé est aujourd’hui évacué par une double ligne aérienne vers la ville de Livet.

 

 

       
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