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Portraits d'Inventives
     

Du 4 janvier 2008 au 25 avril 2008

« À toutes celles qui mettent leur esprit créatif et leur énergie inventive au service du progrès scientifique et technique ».

 

Exposition réalisée par le Musée des arts et métiers, reconfigurée au Musée EDF Hydrelec.

Publics visés :

Familles, scolaires (collège et lycée), universités scientifiques, techniques.

Burr Blodgett KatharineContenu :

Si l'histoire retient peu de noms de femmes scientifiques ou « inventives », c'est que de fait, une faible partie d'entre elles participe au progrès technique. Pourtant, cette  partie-là innove et invente bien. Hydrelec célèbre les femmes qui, actives et imaginatives, mettent leur énergie inventive au service du progrès et de l'amélioration de la vie.

Dans cette exposition, des femmes d'aujourd'hui, actives, aux professions variées, expliquent la démarche qui les a conduites à déposer un brevet ou à commercialiser une technique. Objet professionnel ou du quotidien, mélange de la maîtrise d'un art et de l'informatique, immersion dans les techniques de pointe, adaptation de la technique au design... elles retracent leur parcours et nous font vivre la genèse de l'invention.

Sans compter que l'invention féminine n'est pas l'apanage de notre époque !
Les femmes d'hier, du XVIIe au XXe siècle, quelles soient aristocrate, enseignante ou actrice, toutes prouvent, s'il en est besoin, que la volonté d'entreprendre n'a pas de sexe.

 

Jacques-Louis David, M et Mme Lavoisier, 1788, Metropolitan Museum

INTRODUCTION

Avant le XIXe siècle, les femmes ont très peu de possibilités pour accéder à la connaissance scientifique et donc de participer à la recherche dans ce domaine. L’enseignement supérieur et L’Académie Royale des Sciences créée en France en 1666, restent exclusivement réservés aux hommes. Pour contourner le problème, certaines d’entre elles louent les services de professeurs privés. Madame du Châtelet (1707-1749) et Madame Lavoisier-Rumford (1757-1836) illustrent la volonté des femmes au XVIIIe siècle de participer à l’émulation qui se joue autour des découvertes scientifiques.

Madame du Châtelet (1707-1749)

Madame du Châtelet

Fille de l’aristocratie au temps des Lumières, Émilie du Châtelet (1707-1749) est une des personnalités les plus remarquables de son temps. Après avoir eu trois enfants avec le Marquis du Châtelet, les époux, qui n’ont pas grand-chose en commun, décident de mener des vies séparées. Émilie du Châtelet engage à l’âge de vingt-quatre ans une liaison avec le Duc de Richelieu (1696-1788) avec qui elle développe un grand intérêt pour le travail d’Isaac Newton (1642-1727). Sur les conseils de Richelieu et pour perfectionner ses connaissances, elle suit des cours en Mathématiques auprès de Moreau de Maupertuis (1698-1759), membre de l'Académie des Sciences, mathématicien, astronome et physicien, lui-même ardent défenseur des thèses de Newton (ces théories firent l'objet de grands débats à l'Académie). Bien évidemment, pour construire sa réflexion scientifique, Émilie a besoin également d’échanger ses idées. À l’époque en dehors de l’Académie des sciences dans laquelle les dernières avancées scientifiques sont débattues, les cafés servent aussi de lieu d’échanges. Chez « Gradot », les amis de Maupertuis, scientifiques, mathématiciens ou philosophes se réunissent pour confronter leurs idées, mais là encore, le lieu est réservé à la gente masculine, c’est donc travestie en homme qu’Émilie du Châtelet accède aux débats. Elle écrit un Mémoire sur « la propagation du feu », et « les institutions de physique » qui expliquent les travaux de Leibniz. En 1733, elle rencontre Voltaire (1694-1778) avec qui elle noue de profonds liens amoureux et intellectuels. Ensemble, ils analysent les théories de Newton et convaincus de la grande importance des recherches du savant, ils traduisent en français ces textes. Émilie traduit, entre autres, le célèbre Philosophiae naturalis principia mathematica [1] , œuvre majeure de Newton, paru en 1687 que Voltaire fait publier après la mort de Madame du Châtelet.

« Je n’ai pas perdu une maîtresse [de quinze ans], mais la moitié de moi-même. Un esprit pour lequel le mien semblait avoir été fait ». Voltaire peu après la mort d’Émilie en 1749.

 

Avec le XIXe siècle les expériences scientifiques se multiplient notamment celles sur l’électricité - Pile Volta (1800), mise en évidence de la réversibilité du moteur électrique (1873), premiers essais de transmission de l’énergie électrique sur longue distance (1881-1883) -. De ces expériences naissent les premières applications - transformateur électrique (1884), lampe à incandescence d’Edison (1879), fer à repasser (1888) - faisant écho au foisonnement d’idées et d’inventions, l’électricité est consacrée en 1881 par L’Exposition internationale d’électricité de Paris. Le champ de recherche autour de cette jeune énergie est immense et les études qui lui sont consacrées ne vont plus jamais cesser. Les femmes, malgré les grandes difficultés qui leurs sont dressées pour accéder à l’enseignement scientifique participent au mouvement.

Hertha Marks Ayrton (1854-1923)

Hertha Marks Ayrton incarne la recherche féminine au XIXe siècle. Brillante, la jeune anglaise obtient avec mention ses examens à l’université de Cambridge, en anglais et en mathématique. Ne pouvant s’inscrire à l’université puisque celle-ci est encore réservée aux hommes, Hertha travaille comme professeur privé de mathématiques entre 1881 et 1883. En 1884, elle invente un rapporteur qui peut-être utilisé pour diviser une ligne en parts égales aussi bien que pour agrandir et réduire les figures. Ces mêmes années, elle poursuit ses études scientifiques à la Finsbury Technical College. Elle y reçoit l’enseignement d’un illustre professeur d’électricité, Sir William Edward Ayrton (1947-1908), qu’elle épouse en 1885. Elle commence ses expériences sur les lampes à arc électrique en 1893. Ses recherches prospèrent et ses analyses sont si détaillées et originales qu’elle devient la première femme membre de l’Institution of Electrical Engineers of London en 1899. En 1902, elle est encore la première femme nommée membre de la Royal Society of London. Cependant, un farouche machiste, opposant de l’entrée des femmes au sein de la Royal Society, oblige l’institution à déshonorer Hertha (cette interdiction fut levée en 1923, mais la première femme ne fut admise qu’en 1945). Malgré cela, Hertha reste en 1904 la première femme à exposer ses travaux devant la prestigieuse assemblée et ses études sont publiées dans les Proceedings of the Royal Society. En 1906 Hertha est également médaillée de la Royal Society's Hughes pour ses recherches expérimentales sur l'arc électrique. Elle est alors le cinquième bénéficiaire de ce prix qui récompense chaque année depuis 1902 les travaux remarquables et originaux en sciences physiques et plus particulièrement en électricité et magnétisme ainsi que dans leurs applications. En 1915, elle invente un ventilateur pour disperser les gaz empoisonnés. En dehors de son travail de chercheur Hertha Ayrton est un membre actif pour l’émancipation de la femme et participe à de nombreux rassemblements pour le droit de vote entre 1906 et 1913. Elle prend aussi la défense de Marie Curie lorsqu’elle est accusée de vivre scientifiquement aux crochets de son mari. Hertha Ayrton occupe également de nombreux postes dans différentes associations de lutte pour l’égalité de la femme.

Hertha Marks Ayrton

Hertha était liée d’amitié avec la physicienne française Marie Curie avec qui elle entretenait de nombreux rapports scientifiques. À la demande d’Hertha, Marie Curie s’associe en 1921 à une protestation contre l’incarcération de responsables du mouvement suffragiste.

« J’accepte que vous utilisiez mon nom parce que j’ai une grande confiance en votre jugement... Je suis très touchée par tout ce que vous m’avez dit sur la lutte des anglaises pour leurs droits ; je les admire beaucoup et forme des vœux pour qu’elles réussissent ». Lettre de Marie Curie à Herta Ayrton

 

Dès la fin du XIXe siècle le travail de bureau s’ouvre aux femmes (banques, compagnies d’assurance, industries). À la veille du conflit, la part qu’elles occupent est grandissante, les femmes représentent 32,8 % de la population active et occupent 40,6 % des postes en janvier 1918. En grande majorité il s’agit de postes d’ouvrières ou d’employées, mais des fonctions plus élevées leurs sont désormais accessibles. L’enlisement inattendu du premier conflit mondial et les pertes considérables des hommes sur le front vont accélérer ce phénomène et amener les femmes à occuper de plus en plus de place au sein du monde du travail. En réponse à cette nouvelle donne, plusieurs Écoles destinées à former des techniciennes supérieures et des ingénieurs vont rapidement se créer.

En janvier 1917, l’École d’enseignement technique féminine est crée. L’objectif est de former « pour les chefs d’industrie et d’administration, des employées ou même des collaboratrices aptes à bien s’acquitter des tâches qui leur seront confiées ». L’Ecole est subventionnée par l’Etat et le fonds de secours de l’Association amicale des ingénieurs électriciens. Figure de la réussite de ces femmes issues de cette école, qui compte déjà cent élèves en 1920, Mademoiselle Raudin, ingénieur à la Commission technique des Sociétés d’énergie électriques est élue à l’unanimité membre de cette Association. En 1917, l’État, en réponse à la diminution drastique des effectifs dans les établissements de formation et devant la demande croissante d’ingénieurs, ouvre les portes des établissements aux filles. Presque tous les établissements de formations d’ingénieur, emboîtent alors le pas, qu’il s’agisse des instituts annexes des facultés des sciences ou les écoles d’électricités privées comme Charliat, Breguet ou Sudria [2]

Marie-Louise Paris (1889, 1976), fonde l’École Polytechnique Féminine qui ouvre ses portesle 4 novembre 1923 (baptisée E.P.F en 1933) [3]

« Si aujourd’hui l’entrée des jeunes filles dans des formations d’ingénieurs devient progressivement un phénomène heureusement banal, si graduellement les femmes s’insèrent dans l’ensemble des structures d’encadrement au sein des compagnies de toute branche, c’est à des pionnières comme Marie-Louise Paris qui ont interpellé le milieu ingénierial français, et aux premières « ingénieures » de l’entre-deux-guerres qui ont forcé les portes des entreprises, qu’elles doivent cette faculté ». André Grelon

Quelques portraits d’inventives :

Isabelle Angelo, signature électronique, 2001
Anne Julia Audray, vocebella
Melitta Bentz, filtre à café, 1908
Martine de Bertereau, géologue et minéralogiste
Laurence Bourgeois et Élisabeth Hertzfeld, remake light (design), 2003
Sophie Bouriez de Hauteclocque, équerre millimétrique, 1999
Marie Colinet-Fabry, extraction par aimant d’un corps étranger dans l’œil, 1624
Anne Pauline Crépin, scie circulaire, 1846
Caroline Garcin, couseuse automatique, 1872
Stéphanie Louise Kwolek, Kevlar, 1965
Hedy Lamarrr, Frequency Hopping (brouilleur de fréquences), 1942
Karine Merguier-Cassan, jouet en carton, 2001
Marie Pape-Carpentier, boulier numérateur, 1878
Cécile Réal, implants orthopédiques, 1999
Sémiramis Reine légendaire d’Assyrie et de Babylone, bâtisseuse, IXe siècle avant notre ère

Mme Labrousse, appareil à laver la vaisselle,1912
Randi Altschul, premier téléphone cellulaire jetable, 1999
Mlle Myers, 1902, perfectionnement aux rails de chemin de fer
Laurence Haquet, système d’analyse des déplacements des personnes dans le lieux publics, 2000
Mme Risac, nouvelle pile liquide dite « Lavolta » , 1902
Mme Abadie, lampes à décharges luminescentes, 1960
Sybilla Masters, moulin à moudre le maïs, 1715
Mme Florit, télétransmetteur à infrarouge universel, 2001
Mme Kerjan, vélo électrique à énergie solaire, 1993
Mme Mauduit, filtre purificateur d’eau, 1940
Mlle Baumann, véhicule maritime et aérien, 1899
Sarah Mather, invention d’un téléscope sous-marin, 1845
Mme Planche, parachute pour avions, 1925

 

[1] Cet ouvrage marque le sommet de la pensée Newtonnienne et comporte les débuts de la mathématisation de la physique : égalité de l’action et de la réaction, principe d’inertie et la loi de gravitation universelle (deux corps s’attirent avec une force proportionnelle au produit de leur masse et inversement proportionnelle au carré de leur distance). Newton est également le co-auteur du calcul infinitésimal.

[2] La France était loin d’être la pionnière dans ce domaine. L’Institut électrochimique Montefiore de Liège diplômé des ingénieures, l’Institut polytechnique féminine de Petrograd avait ouvert ces portes depuis 1902, ainsi que les technische Hochschule en Allemagne qui accueillaient les femmes.

[3] Revue générale d’Electricité, I, n°2 bulletin, 13 janvier 1917. Op. cité par André Grelon, Marie-Louise Paris, et les débuts de l’Ecole polytechniques féminine (1925-1945), pp. 133-155 in, Bulletin d’histoire de l’électricité, Acte de la journée La femme et l’électricité, n°19-20, Paris, A.H.E.F, décembre 1992

 
 

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